Passoires énergétiques : 3 idées reçues à déconstruire
Décryptage Rénovation énergétique des logementsMis à jour le 03 novembre 2026
En 2026, les vagues de chaleur extrême qui ont déferlé sur la France ont rappelé l’inadaptation des logements. Glaciales en hiver, les passoires thermiques deviennent des bouilloires lors des canicules. Découvrez comment déconstruire 3 idées reçues sur les passoires énergétiques.
« La surchauffe dans le bâtiment est en train de devenir un enjeu de santé publique », soutient Damien Barbosa, porte-parole Rénovation énergétique au réseau Cler et coordinateur du collectif Rénovons. Pour Daphné Chamard-Teirlinck, responsable Transition écologique juste au Secours Catholique-Caritas France, il s’agit là d’un sujet de société majeur : « Il faut sécuriser les financements dédiés à l’adaptation et créer une vraie politique de logement accessible à tous ». Face à l’urgence, encore faut-il déconstruire les idées reçues qui freinent les avancées.
L’essentiel en chiffres
C’est la part du secteur résidentiel dans les émissions de gaz à effet de serre en France en 2020.
de passoires énergétiques dans le parc de logements en 2025.
Ce sont les degrés d’écart maintenus entre les températures intérieure et extérieure grâce à une rénovation performante.
Idées reçue 1 : « Interdire la location de logements passoires aggrave la crise du logement »
Pourquoi cette idée persiste ?
Le gouvernement et les syndicats de propriétaires arguent qu’imposer la rénovation des passoires avant leur remise sur le marché ou interdire leur location accentuerait la crise du logement. Cette crainte s’inscrit dans le calendrier d’interdiction progressive : les logements classés G ne peuvent plus être loués depuis 2025, tandis que les F seront concernés à partir de 2028.
Ce qu’il faut savoir
« Ce n’est pas la loi qui crée la crise du logement, c’est le refus des propriétaires de s’y plier », insiste Damien Barbosa. En effet, les propriétaires qui ne respectent pas les règles ne font pas l’objet d’un contrôle administratif systématique : c’est principalement au locataire de saisir le juge pour obtenir la mise en conformité du logement. « Ceux qui continuent à mettre des logements indécents sur le marché ne risquent rien. Il faut mettre en place des sanctions », insiste Damien Barbosa. Chaque délai supplémentaire aux propriétaires bailleurs prolonge l’exposition des locataires aux logements bouilloires. Damien Barbosa rappelle que « les propriétaires concernés en ont souvent les moyens : une passoire énergétique en location sur deux appartient aux 30 % des ménages les plus riches ».
Idées reçues 2 : « Il vaut mieux vivre dans un logement bouilloire que ne pas avoir de logement tout court »
Pourquoi cette idée persiste ?
Dans un contexte de pénurie de logements, « il y a cette idée selon laquelle il vaut mieux vivre dans une passoire qu’à la rue », explique Damien Barbosa. Autre aspect, selon Daphné Chamard-Teirlinck : « La méconnaissance de ce que vivent les un·es et les autres face à la canicule. »
Ce qu’il faut savoir
Vivre dans une passoire thermique a des impacts sur la santé : maladies pulmonaires, troubles du sommeil et de la concentration. « En mai 2026, pendant la première vague de canicule, de nombreuses familles avec enfants sont venues dans nos accueils de jour, car leur logement était devenu invivable », témoigne Daphné Chamard-Teirlinck. La première pierre à poser pour rénover les logements bouilloires, c’est la modification du DPE afin qu’il intègre l’isolation des toitures et des murs, la ventilation ou l’orientation du bâtiment. Pour évaluer la décence d’un logement, le réseau Cler plaide pour la création d’un indicateur de confort d’été fondé sur un seuil de température maximale à ne pas dépasser. « Nous avons le savoir-faire pour rénover et faire en sorte que chacun vive dans un logement décent et sans danger », soutient Damien Barbosa.
Idée reçue 3 : « La rénovation énergétique n’a pas vraiment d’impact sur l’environnement »
Pourquoi cette idée persiste ?
Ce scepticisme s’appuie sur l’idée que les coûts des travaux sont jugés trop élevés au regard des bénéfices attendus, notamment à cause de l’effet rebond qui inciterait ses occupant·es à chauffer davantage son logement ou à faire moins attention à sa consommation d’énergie, ce qui annulerait le gain énergétique escompté de la rénovation.
Ce qu’il faut savoir
En combinant isolation, protections solaires, ventilation et systèmes performants de refroidissement ou de chauffage, la rénovation performante permet de réduire de 50 % à 80 % les consommations de chauffage d’une maison individuelle, et jusqu’à 30 000 kWh par an pour une passoire thermique. Selon Damien Barbosa, rénover 200 000 passoires par an pendant dix ans permettrait d’atteindre une réduction de 14,6 millions de tonnes d’équivalent CO2 à partir de 2040. S’il peut exister un effet rebond, il ne remet pas en cause ces bénéfices : une partie des écarts entre économies théoriques et réelles peut venir des hypothèses du DPE, des conditions météorologiques, de la qualité des travaux ou encore des usages du logement. Pour les ménages les plus modestes, ce qui est qualifié d’effet rebond correspond aussi parfois à un simple rattrapage de confort, lorsque la rénovation leur permet enfin de vivre dans des conditions normales.