Comment lutter contre la désinformation sur le climat ?
Décryptage Transition juste et territoiresMis à jour le 28 septembre 2026
Cofondatrice et secrétaire générale de l’association QuotaClimat, Eva Morel interpelle les rédactions et les journalistes sur la nécessité d’améliorer le traitement de l’information environnementale.
Quelles sont l’origine et la mission de QuotaClimat ?
J’ai créé QuotaClimat en 2022 avec Anne-Lise Vernières et Lola Morel. Nous travaillions comme collaboratrices parlementaires et avions été frappées, alors que venait de sortir le dernier rapport du GIEC, par le manque d’appropriation des questions environnementales par les élu·es. Pour mobiliser davantage les décideurs et décideuses politiques, il nous a semblé que les médias constituaient un levier important. Le baromètre de l’Affaire du siècle révélait qu’en pleine campagne présidentielle, les questions climatiques représentaient moins de 5 % du temps de parole. Nous avons publié une tribune appelant les rédactions de l’audiovisuel à consacrer 20 % de l’espace disponible au climat et à la biodiversité. D’où notre nom. Aujourd’hui, nous travaillons sur trois axes principaux : la production de données, au sein de l’Observatoire des médias sur l’écologie ; le plaidoyer, pour faire évoluer les pouvoirs publics, les acteurs politiques et la société civile, en France et à l’international ; et l’interpellation sur les réseaux sociaux, pour signaler des informations pertinentes, ou dénoncer un traitement inapproprié. Nous cherchons ainsi à inciter les médias conventionnels à produire une information environnementale de qualité, en utilisant les réseaux sociaux pour leur donner un avantage ou un risque réputationnel.
En quoi la question du climat souffre-t-elle d’un manque d’information de qualité ?
Moins on informe correctement, plus on laisse libre cours à l’invisibilisation et à la désinformation. De multiplesacteurs tirent profit des carences de compréhension ou des déficits d’information pour pousser des narratifs de désinformation : je pense notamment aux professionnel·les de secteurs très carbonés, mais aussi à celles et ceux qui diffusent des contenus chocs pour tirer profit de l’économie de l’attention. Enfin, il y a les intérêts opportunistes d’ingérences étrangères ou de partis politiques qui profitent d’événements climatiquesextrêmes pour occuper le devant de la scène. Les dernières canicules en offrent un bon exemple : présenter la climatisation comme l’alpha et l’oméga de la réponse à la crise occulte les solutions collectives d’adaptation et l’importance de la réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Cette posture caricaturale permet d’occuper l’espace médiatique mais fait to-talement l’impasse sur le débat public.
Moins on informe correctement, plus on laisse libre cours à l’invisibilisation et à la désinformation.Eva Morel Cofondatrice et secrétaire générale de l’association QuotaClimat
Comment lutter efficacement contre la désinformation et remettre les enjeux climatiques au cœur du débat politique ?
Les médias semblent aujourd’hui peu mobilisés par les questions environnementales et rechignent à s’engager à leur donner plus de place… À l’annonce de la publication prochaine d’un plan national sur l’accès à l’information sur l’environnement et le climat, nous avons adressé au Gouvernement 17 propositions pour faire en sorte que ce plan soit assorti de mesures concrètes. Une information de qualité est indispensable : la contradiction en direct est très efficace contre la désinformation. Par ailleurs, nous avons développé un dispositif de détection des narratifs de désinformation en ligne (voir lien ci-après) pour les endiguer le plus en amont possible de leur diffusion. Nous devons aussi améliorer la régulation. En France, nous saisissons l’Arcom dans des cas patents de désinformation climatique, et le Conseil d’État quand celle-ci refuse, par exemple, de sanctionner la diffusion par CNews de propos remettant encause l’origine humaine du réchauffement climatique. Il faudrait un cadre de régulation à l’échelle européenne pour lutter de manière coordonnée et dissuasive contrela manipulation de l’information. Enfin, la formation sur les sujets climatiques des journalistes, mais aussi de la population générale, demeure un enjeu majeur.